Sur le quai, derrière la ligne jaune qui sépare l'univers des possibilités existentielles possibles selon probabilité élevée de mort et probabilité élevée de survie, se dressent des silhouettes floues d'étudiants et d'étudiantes modèles, modèles puisqu'ayant pris la peine d'assister à la dernière séance de cours. Il est 18h :00. Voyant vert. Arrivée imminente du train.
Adossé à un poteau bleu du préau, Moïse tient sa lassitude dans sa main droite pendante et ses lunettes de vue dans la gauche résignée à serrer ces deux yeux en congé du monde qui le serre. Tout ce qu'il voit c'est un brouillard, et à peine peut-il reconnaître les garçons des filles grâce aux protubérances assez voyantes de ces dernières. Il attend dans l'indifférence l'arrivée du TGM, ce pas-encore qui deviendra tôt ou tard un maintenant, et ce maintenant qui deviendra à son tour du passé. L'ennui. Voilà qui voile le présent, le prolonge par sa lourdeur et son attente d'un futur aventureux. L'ennui qui l'a hanté sa vie durant à part les quelques rares montées instantanées d'adrénaline. 18h :03. TGM arrive, à l'heure ou presque comme tout moyen de transport en commun de 99% de la populace. Quelle terrifiante allure, elle qui frôlera Moïse du bout du nez et lui donnera l'éternité de l'aventure ponctuelle… Brrr…Ouf…Oups. Il met ses lunettes, s'ouvrent les portes, se forme un delta qui dégouline vers l'intérieur de la bête comme du temps dans un sablier. Ça lui rappelle la chimie. On migre d'un milieu plus concentré vers un autre qui l'est moins. La peau dégonfle dans l'eau douce du bain. Les voyageurs nombreux emplissent le train vide. Et maintenant,… il est dedans. Entre elle et elle et lui et elle et encore elle. Un pentagone de chair l'entoure et lui colle à 360°, une main vient le couronner et un genoux se fourrer entre ses cuisses. Quelle chaleur humaine ! quel magnifique tableau de solidarité !, car à vrai dire, par ces froids après-midi hivernaux, on grelotterait à rester privé de contact charnel aussi condensé dans l'espace-temps. Climax. Moïse a envie d'éternuer. Moïse ne doit pas éternuer. Ça serait la mouche sur le gâteau, et la douche pour ses voisins. Encore faut-il passer le doigt devant le nez pour réprimer son allergie d'éclater au grand jour. Et au parcours du guerrier ! le doigt moïsois arrive après un long périple parsemé d'embûches -parfois exquises parfois … Brr- juste au-dessous du nez de Moïse et parvient à stopper la catastrophe à 1 seconde. Hollywood-TGM. Tunis Goulette Marsa, de Carthage présidence à Tunis, … va falloir endurer cette exiguïté tout le long du trajet ? N'importe après tout . Après tout cela n'a pas d'importance. L'important c'est d'arriver, car le moyen est insignifiant devant les fins, les objectifs. Oui, la fin justifie les moyens. N'est ce pas notre credo à nous, princes, économistes, gestionnaires ? N'est pas pour le meilleur et pour le pire qu'on a accepté l'économise. L'économise … At … At … (oh mère de tous, ce monde de pi max) Atchoum !
Hé ! t'gêne surtout pas, lui crie au nez une voisine trop collante.
M'excuser. C'est physiologique … dieu est gagnant. a
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