Intervention divine D'Elia Suleiman - Palestine 2002-10-23 Prix du jury - Cannes 2002 Les voies de Suleiman sont impénétrables.
A ceux qui se sont retenus de crier « encore un film sur la cause palestinienne « et à tous ceux qui s'imaginent déjà à la sortie, révoltés par les exactions commises envers « le peuple frère & ami » les yeux rougis, la gorge serrée de sanglots mal contenus : ce film est un produit dangereux pour tous les préjugés déclarés ou latents, à mettre hors de portée des lecteurs d'Harlequin. La seule image de martyr que vous verrez est une sorte de parodie de Matrix à la sauce palestinienne ( avec des croissants musulmans et des drapeaux palestiniens pour arme contre l'occupant.) Le tunisien moyen applaudit en bon spectateur et excellent supporter de la cause palestinienne. D'autres, attaqués dans leurs propres reflexes, finissent par comprendre que l'on est en train de se moquer de de leur promptitude à critiquer les clichés hollywoodiens du bien contre le mal alors que dès qu'il s'agit de la Palestine les voilà qui adoptent allègrement cette vision simpliste primitive ( tout blanc, tout noir ) des américains. Là où on s'attend à une critique incendiaire des israéliens au niveau des barrages et des checkpoint, on reçoit une douche froide ; c'est exaspérant parfois, lucide et aussi humoristique souvent. Le cauchemard palestinien devient alors une ballade au bras d'un israélien ivre, un jeu de chaises musicales entre les voitures, un ballet en chansons. Mais l'affaire palestinienne n'est elle pas en réalité une énorme mascarade ? Oublier donc toutes vos certitudes car les films vous les arracheront une à une, oublier les images de martyrs et de lanceurs de pierre car ce fim n'est pas là pour satisfaire notre curiosité morbide, il ne vient pas à l'éternelle cérémonie funèbre que nous célébrons depuis le siècle dernier, à cette sacralisation de peuple palestinien et de tous ce qui peut s'y apporter. Ce film nous obligent à voir des être réelles faits de chair et de sang et non pas de nos rêves, nos frustations et nos révoltes, des êtres qui comme chancun d'entre nous sont un mélange variable de bien et de mal ( si la différenciation existe ) et non pas des saints qui ont dès la naissance leur ticket pour la paradis. Ce film nous apprend que rien n'est acquis et nous prive de nos petits reflexes si commodes : de l'histoire d'amour ( si on peut appeler ça ainsi ) silencieuse où l'on ne voit que des mains qui se caressent à l'infini en passant par des scènes de violence où l'on ne voit jamais la violence proprement dite. Et l'on se sent bête car à l'instar des communs des mortels, en chien de pavlov, on attend le sexe et la violence comme une chose entendue entre nous et les réalisateurs et à laquelle ces derniers en bons commerciaux répondent avec une régularité constante. Et l'on hait ce film qui dérange nos petites habitudes nous faits des pieds de nez et nous lance notre banalité et notre bêtise au visage. Vous retrouverez ici aucun film conducteur, aucune piste balisé, aucune sortie de secours, aucune histoire d'amour pour remonter le moral des troupes : il vous laissera dérouté, perdu, hésitant. C'est une façon comme une autre de couper l'herbe sous les pieds des adolescentes romantiques en mal d'amour, aucun espoir non plus n'est permis comme le montre l'image du père Noël poignardé au début du film car les palestiniens ne croient plus au père Noël, le père noël est un mensonge, le père Noël est mort. Il ne vous restera ni les larmes ni la révolte mais une image : celle du ballon à l'effigie d'Arafat qui vole allègrement vers le mirador du checkpoint avec le soldat israëlien en prime qui appelle son supérieur : « commandant, il y a un ballon qui essaye de passer, est ce qu'on doit l'abattre ? » Il vous restera peut être aussi une phrase : « je suis fou parce que je t'aime ». on dit toujours que seul les fous sont libres, il faut donc être fou pour aimer ce film. Rim KEDIDI
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