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Aux origines du chaos, le cynisme

vendredi 1er novembre 2002, par Ines CHERBIB

« Fin du murmure divin, début de la rumeur humaine » écrivait Victor Hugo avec sa superbe fulgurance.Le xxème siècles a montré à l'œil nu que l'homme était capable du meilleur comme du pire. Qu'on songe aux révolutions industrielles et aux formidables avancées de la science qui ont rendu l'Homme maître auto proclamé de son destin, on ne peut extirper de l'inconscient les racines les plus profondes du mal que le genre humain abrite en lui-même. On ne peut s'empêcher d'avoir une pensée aux guerres et conflagrations qui ont traversé l'histoire du siècle dernier et dont on ressent encore l'onde de choc contagieuse à l'aube de ce nouveau millénaire. Le passé est une image du présent. Un passé qui a nourri la manifestation humaine de ces « théâtres d'horreur » : le cynisme et l'égoïsme. Qu'on me dise que l'homme naît libre et que la raison est le propre de son essence, cela va de soi. Mais dire que l'ordre serait assuré par une quelconque main invisible, garante de la quiétude de ce monde, je ne puis guère accepter telles aberrations. Paradoxalement, l'extraordinaire envolée de la croissance des richesses, générée par le progrès technique, a aiguisé la cupidité qui nous hante. Ironie de l'histoire ou fatum, Karl Marx est revenu à l'ordre du jour. Lui qui prophétisait l'extinction du capitalisme, ou culte sans scrupule de l'argent, victime de sa propre idéologie celle de l'appât du gain. Rira bien qui rira le dernier : la solidarité humaine finira par l'emporter sur la règle du chacun pour soi- sans état d'âme ? Les capitalistes mondialistes finiront bien par se repentir. Ces patrons fous, immunisés par une mégalomanie incurable, se payant à la démesure, usant de toutes les acrobaties technico-financières à outrance, jusqu'à pousser leurs salariés, taillables et corvéables à merci, à la faillite suicidaire. Des modèles d'entreprise contemplés et enviés, comme des mines de valeur, se sont brusquement métamorphosés en refuges de pulsions destructrices. Poussé à son ultime avatar, l'esprit du capitalisme narcissique s'avère sinon nihiliste tout au moins immoral. Depuis quand le capitalisme a une morale ? De Kenneth Lay d'Enron à J.M.Messier de Vivendi, faiseurs d'utopie et érigés en maîtres du monde, les capitalistes se sont tordus le cou dans leur course au leadership de l'incongru et du mensonge. Comme l'écrit André Comte-Sponville dans Valeur et Vérité : études cyniques « si le marché devenait une religion, ce serait la pire de toutes, celle du veau d'or, et la plus ridicule des tyrannies, celle de la richesse ».En attendant que l'adoration du veau d'or se sacralise, l'éthique est étique et le cynisme est à son paroxysme.

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